Neuf semaines. C’est à peu près le temps qu’il faut à une chienne pour transformer une saillie en portée de petits boudins aveugles et affamés. Un délai si court que beaucoup de maîtres découvrent la grossesse alors qu’elle est déjà à mi-parcours, parfois au détour d’un ventre qui s’arrondit un peu trop vite.
Or chaque semaine compte. La gestation de la chienne suit un calendrier précis, et les bons gestes changent d’une étape à l’autre : on ne nourrit pas, on ne vermifuge pas et on ne promène pas de la même façon au 20e et au 55e jour.
Voici le déroulé complet, de la fécondation au dernier chiot, avec les repères chiffrés des vétérinaires et les signes qui imposent de décrocher le téléphone.
Table des matières
ToggleDurée de gestation chez la chienne : pourquoi on parle de 63 jours
Le chiffre circule partout, et il est juste, à condition de savoir d’où l’on compte. La gestation dure de 61 à 63 jours à partir de l’ovulation, une durée remarquablement stable quelle que soit la race, du chihuahua au terre-neuve.
Saillie et ovulation, deux dates différentes
Le flou vient de la saillie. Les spermatozoïdes survivent plusieurs jours dans les voies génitales, et les ovules de la chienne ont eux-mêmes besoin d’environ deux jours de maturation après l’ovulation avant d’être fécondables. Résultat : compté depuis l’accouplement, le terme varie de 58 à 68 jours environ, et le CHUV d’Oniris, l’école vétérinaire de Nantes, cite même un intervalle de 50 à 70 jours.
Pour une estimation fiable, les éleveurs demandent au vétérinaire des dosages répétés de la progestérone pendant les chaleurs. Ils situent l’ovulation au jour près, et donc la date de mise bas. Si les chaleurs de votre chienne restent un mystère, notre article sur les chaleurs de la chienne détaille les phases et leurs signes.
Reconnaître une gestation chienne : signes et examens
Des signes discrets au début
Le premier mois passe souvent inaperçu. Certaines chiennes deviennent plus câlines, d’autres plus distantes. Vers la troisième ou quatrième semaine, un appétit capricieux et parfois un petit vomissement matinal peuvent survenir, l’équivalent canin des nausées. S’ils se répètent, notre guide sur le chien qui vomit aide à faire le tri.
Les indices visibles arrivent après : mamelles qui gonflent et rosissent vers la cinquième ou sixième semaine, prise de poids, ventre qui s’élargit sur les flancs. Chez une chienne musclée ou en surpoids, ces changements restent longtemps invisibles.
Les examens qui confirment
Seul le vétérinaire tranche. Les dates ci-dessous, reprises des recommandations du CHUV d’Oniris, sont comptées à partir de l’ovulation.
| Examen | À partir de | Ce qu’il apporte |
|---|---|---|
| Échographie | Jour 18, idéalement jour 25 | Confirme la gestation, battements cardiaques visibles vers le 22e jour |
| Test sanguin de la relaxine | Jour 27 conseillé | Hormone produite par le placenta, confirme sans image |
| Palpation abdominale | Autour du jour 28 | Vésicules perceptibles, geste réservé au praticien |
| Radiographie | Jour 45 | Squelettes visibles, compte des chiots |
Le comptage radiographique a une vraie utilité pratique : connaître le nombre de chiots permet de savoir quand la mise bas est terminée. Sans ce chiffre, impossible de deviner si la chienne se repose entre deux naissances ou si un chiot reste coincé.
Gestation de la chienne semaine par semaine
Voici le fil des neuf semaines, jour 1 correspondant à l’ovulation. Les repères varient de quelques jours d’une chienne à l’autre.
Semaines 1 et 2
Fécondation, les embryons descendent vers l’utérus.
Semaines 3 et 4
Implantation, premiers cœurs à l’échographie.
Semaines 5 et 6
Les organes sont formés, le ventre s’arrondit.
Semaines 7 à 9
Squelette, mouvements des chiots, nid, mise bas.
Premier mois : un chantier invisible
Durant les deux premières semaines, les embryons flottent librement avant de s’implanter dans la paroi utérine, vers le 17e à 21e jour. Rien ne se voit. La chienne peut mener une vie parfaitement normale, promenades et jeux compris.
La période qui suit est la plus délicate sur le plan médical. Jusqu’aux environs du 35e jour, les organes des futurs chiots se forment, et aucun médicament ne doit être donné sans l’avis du vétérinaire, antiparasitaires compris. Certains produits courants sont sans danger, d’autres pas du tout.
Deuxième mois : le ventre prend le relais
À partir de la sixième semaine, la croissance des fœtus s’accélère nettement. La chienne gagne au total de l’ordre de 15 à 25 % de son poids, davantage pour une grande portée. Vers la septième semaine, on sent parfois les chiots bouger en posant la main à plat sur les flancs, un moment qui émeut même les éleveurs chevronnés.
La dernière semaine, elle devient souvent agitée, gratte ses couvertures, cherche un coin sombre. Un liquide laiteux peut perler aux mamelles quelques jours avant le terme, parfois seulement après la naissance.

Alimentation de la chienne pendant la gestation
Erreur classique : doubler la gamelle dès l’annonce de la bonne nouvelle. Pendant les six premières semaines, la ration habituelle suffit, puisque les embryons pèsent alors très peu. Une chienne trop grasse aura une mise bas plus longue et plus difficile.
Le vrai changement intervient autour du 42e jour. Le CHUV d’Oniris conseille d’augmenter la ration d’environ 10 % par semaine, pour atteindre près de 150 % des besoins habituels au terme. Sur la même période, on passe progressivement à une alimentation pour chiots, plus dense en énergie et en protéines, en transition sur une semaine environ.
Comme l’estomac est comprimé par l’utérus en fin de parcours, fractionnez en trois ou quatre repas. Pendant l’allaitement, les besoins explosent encore : la ration de croquettes pour chiots peut atteindre le double de la quantité d’avant gestation, voire davantage pour une portée nombreuse.
Signal d’alerte : ne donnez pas de complément de calcium pendant la gestation sans prescription. Un excès freine les mécanismes de régulation de la chienne et augmente le risque d’éclampsie après la mise bas, une chute brutale du calcium sanguin qui se traduit par halètement, tremblements, raideur puis convulsions.
Pour la même raison, méfiez-vous des cocktails de vitamines « spécial maternité » ajoutés à une alimentation déjà complète. Notre dossier sur les compléments alimentaires pour chien rappelle dans quels cas ils se justifient, et la liste des erreurs fréquentes en alimentation canine vaut une relecture à ce stade.
Soins et précautions pendant la gestation de la chienne
Vermifuge et vaccins
Les vers ronds du genre Toxocara passent de la mère aux chiots à travers le placenta puis dans le lait. D’où l’existence de protocoles de vermifugation spécifiques en fin de gestation, à définir avec le vétérinaire, et d’une vermifugation de la mère 15 à 21 jours après la mise bas. Notre guide des vermifuges pour chien explique le fonctionnement de ces produits.
L’herpèsvirus canin, bénin chez l’adulte, peut tuer des chiots nouveau-nés. Un vaccin dédié existe, avec deux injections calées sur les chaleurs et sur la fin de gestation. Il se discute idéalement avant la saillie.
Activité physique
Des promenades quotidiennes au rythme de la chienne entretiennent sa musculature, utile le jour de la mise bas. On proscrit en revanche les sauts, le frisbee, l’agility et les jeux brutaux avec d’autres chiens à partir du deuxième mois. Les dernières semaines, mieux vaut aussi l’éloigner des congénères inconnus, vecteurs possibles d’herpèsvirus.
Attention aux fausses pistes
Un ventre gonflé n’est pas toujours une grossesse. La pseudogestation, ou grossesse nerveuse, fréquente environ deux mois après les chaleurs, imite parfaitement les signes : mamelles, nidification, adoption d’une peluche. Plus grave, le pyomètre, une infection de l’utérus, donne aussi un abdomen distendu, souvent avec une soif marquée, un tableau décrit dans la page consacrée au chien qui boit beaucoup. Une échographie lève le doute en quelques minutes.
« Une portée se prépare avec un calendrier, un thermomètre et le numéro du vétérinaire affiché sur le frigo. Le reste, la chienne s’en charge beaucoup mieux que nous. »
Préparer la mise bas de la chienne
Le nid, installé dix jours avant
Une caisse de mise bas doit être en place une dizaine de jours avant le terme, pour que la chienne s’y habitue. Placez-la dans une pièce calme, sans courant d’air, loin du passage. Des rebords anti-écrasement, ces barres fixées à une dizaine de centimètres du fond, empêchent la mère d’étouffer un chiot en se couchant contre la paroi.
Pour le modèle, visez une surface qui permet à la chienne de s’allonger de tout son long avec encore une vingtaine de centimètres de marge, et une paroi basse côté entrée.
Le kit à préparer
Rassemblez avant le jour J : serviettes propres en quantité, alèses jetables, gants, fil dentaire non parfumé ou fil stérile pour ligaturer un cordon, ciseaux désinfectés, une bouillotte ou une plaque chauffante, une balance de cuisine et un carnet. Les chiots nouveau-nés ne régulent pas leur température : sous 34 °C de température corporelle, ils ne parviennent plus à téter correctement.
Notre liste des accessoires indispensables pour l’arrivée d’un chiot servira aussi pour la suite, quand la portée commencera à explorer.
Surveiller la température
C’est le meilleur indicateur du terme. À partir du 58e jour, prenez la température rectale matin et soir. Normalement comprise entre 38 et 39 °C, elle chute d’environ 1 °C, souvent sous 37,5 °C, dans les 12 à 24 heures qui précèdent la mise bas. La bonne technique de prise figure dans notre fiche sur la température et la fièvre du chien.
Un thermomètre digital à embout souple, avec affichage en une dizaine de secondes, rend cette corvée bien plus supportable pour la future mère.
Fin de gestation et mise bas : déroulement et urgences
La mise bas commence par une phase de préparation de 6 à 12 heures, parfois jusqu’à 24 heures : halètement, refus de manger, grattage frénétique, tremblements. Viennent ensuite les contractions visibles et l’expulsion des chiots, chacun suivi en principe de son placenta.
La chienne lèche, déchire l’enveloppe, coupe le cordon. On n’intervient que si elle ne le fait pas dans la minute : on libère alors le museau et on frotte vigoureusement le chiot dans une serviette. Chaque petit doit téter dans les deux heures pour recevoir le colostrum, porteur des anticorps maternels.
Chez les races à tête écrasée, bouledogue français et bulldog anglais en tête, une césarienne programmée est souvent décidée à l’avance avec le vétérinaire, car la tête des chiots passe mal dans le bassin.
L’astuce du pro : pesez chaque chiot à la naissance puis chaque jour à heure fixe, et notez tout. Un chiot qui ne gagne pas de poids pendant 24 heures, alors que ses frères grossissent, doit être montré au vétérinaire sans attendre.
Certaines situations imposent un appel immédiat. Le CHUV d’Oniris retient notamment ces seuils :
- un écoulement vert foncé sans chiot dans les 10 minutes qui suivent ;
- un écoulement jaunâtre sans naissance dans les 2 heures ;
- plus de 4 heures sans nouveau chiot alors que la radio en annonçait d’autres ;
- des contractions fortes et inefficaces, une chienne épuisée ou un saignement abondant.
Dans les semaines suivantes, surveillez les pertes : brun-rouge et en diminution, elles sont normales. Malodorantes, avec fièvre ou abattement, elles signalent une métrite. Pour les situations limites, notre grille pour évaluer une urgence vétérinaire aide à décider vite. D’autres sujets de reproduction et de prévention sont réunis dans la rubrique santé du chien.
À retenir
La gestation dure 61 à 63 jours depuis l’ovulation. On la confirme par échographie à partir du 25e jour, on compte les chiots par radio vers le 45e, on augmente la ration à partir du 42e jour et on surveille la température dès le 58e. Aucun médicament ni complément de calcium sans avis vétérinaire.
Questions fréquentes sur la gestation de la chienne
Combien de temps dure la gestation d’une chienne ?
Environ 63 jours depuis l’ovulation, soit neuf semaines. Compté depuis la saillie, le terme varie davantage, de 58 à 68 jours dans la plupart des cas.
Quand faire une échographie à une chienne gestante ?
Dès le 18e jour après l’ovulation en théorie, mais le résultat est plus fiable autour du 25e jour, quand les battements cardiaques sont bien visibles.
Combien de chiots une chienne peut-elle avoir ?
Cela dépend surtout du gabarit : souvent un à quatre chez les très petites races, fréquemment huit ou plus chez les grandes. L’échographie ne permet pas un comptage précis, la radiographie si.
Une chienne gestante peut-elle prendre un bain ?
Oui, avec un shampoing doux et un séchage soigneux, en évitant la dernière semaine si elle est très inconfortable. Un nettoyage des mamelles à l’eau tiède suffit souvent en fin de gestation.
À partir de quand la chienne peut-elle retrouver une activité normale ?
Les promenades reprennent en douceur dès les premiers jours, pour de courtes sorties. L’activité sportive attend le sevrage des chiots, vers huit semaines.
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