Selon une vaste étude sur la longévité des chiens (McMillan et al., Scientific Reports, 2024, 584 734 chiens au Royaume-Uni, 155 races), les races à l’espérance de vie la plus courte sont le berger du Caucase (âge médian au décès : 5,4 ans), le dogue canario (7,7 ans), le cane corso (8,1 ans), le mastiff (9,0 ans), puis le saint-bernard, le chien de Saint-Hubert, l’affenpinscher et le mâtin napolitain (9,3 ans), et enfin le bouledogue anglais et le bouledogue français (9,8 ans). Toutes races confondues, la médiane est de 12,5 ans.
Mise en garde santé
Cet article donne des repères généraux tirés de sources vétérinaires. Il ne remplace ni un examen ni l’avis de votre vétérinaire. Si votre chien présente un signe d’urgence ou si vous avez un doute, appelez votre vétérinaire ou une clinique vétérinaire de garde sans attendre.
Ces chiffres sont des médianes : la moitié des chiens de la race est morte avant cet âge, l’autre moitié après. Un bouledogue français de 12 ans n’a donc rien d’exceptionnel, et un chien d’une race longévive peut mourir jeune. Ce classement dit surtout où se situent les risques, et donc où porter l’attention quand on choisit un chiot ou qu’on vit avec l’une de ces races.
Table des matières
ToggleLes races de chien à l’espérance de vie la plus courte selon l’étude de 2024
L’équipe de Kirsten McMillan a rassemblé les données de 18 sources britanniques : registres de races, groupes de cliniques vétérinaires, assureurs, associations de protection animale et universités. Elle a calculé l’âge médian au décès pour chaque race représentée. Voici les dix races que les auteurs citent comme les plus exposées à un décès précoce.
| Race | Âge médian au décès | Profil |
|---|---|---|
| Berger du Caucase | 5,4 ans | Grande race de type molosse, peu de chiens dans l’étude |
| Dogue canario (presa canario) | 7,7 ans | Grande race de type molosse |
| Cane corso | 8,1 ans | Grande race de type molosse |
| Mastiff | 9,0 ans | Grande race de type molosse |
| Saint-bernard | 9,3 ans | Grande race de type molosse |
| Chien de Saint-Hubert (bloodhound) | 9,3 ans | Grande race, chien courant |
| Affenpinscher | 9,3 ans | Petite race |
| Mâtin napolitain | 9,3 ans | Grande race de type molosse |
| Bouledogue anglais | 9,8 ans | Race à face écrasée (brachycéphale) |
| Bouledogue français | 9,8 ans | Race à face écrasée (brachycéphale) |
Deux précisions pour lire ce tableau. D’abord, le chiffre du berger du Caucase repose sur un petit nombre de chiens, ce qui le rend moins précis que les autres. Ensuite, les auteurs rappellent que leurs résultats décrivent la population canine britannique et ne doivent pas être transposés tels quels à d’autres pays.
À l’autre bout du classement, les races les moins exposées à un décès précoce sont le lancashire heeler (15,4 ans), l’épagneul tibétain (15,2 ans), le shiba inu (14,6 ans) et le papillon (14,5 ans).
Taille, forme du museau et sexe : les grandes tendances
La même étude compare aussi des groupes de chiens :
- Par taille : 12,7 ans pour les petites races, 12,5 ans pour les moyennes, 11,9 ans pour les grandes.
- Par forme de crâne : 12,8 ans pour les races à museau moyen (mésocéphales), 12,1 ans pour les races à museau long (dolichocéphales), 11,2 ans pour les races à face écrasée (brachycéphales).
- Par sexe : 12,7 ans pour les femelles, 12,4 ans pour les mâles.
Le contraste le plus net oppose les femelles de petites races à museau long (médiane de 13,3 ans) aux mâles de races moyennes brachycéphales (médiane de 9,1 ans).
Ce que disent les autres études sur la longévité par race
L’étude de 2024 n’est pas la seule. Deux travaux du programme VetCompass, mené par le Royal Veterinary College de Londres à partir des dossiers de cliniques vétérinaires, arrivent à des conclusions proches, avec quelques différences de méthode qu’il faut connaître.
Teng et al. 2022 : les bouledogues et le carlin en bas du tableau
Cette étude a construit des tables de mortalité à partir de 30 563 chiens morts entre janvier 2016 et juillet 2020, sur 18 races et les chiens croisés. L’espérance de vie à la naissance est de 11,23 ans en moyenne (11,41 ans pour les femelles, 11,07 ans pour les mâles).
Les trois races aux espérances de vie les plus basses sont des brachycéphales : le bouledogue français (4,53 ans), le bouledogue anglais (7,39 ans) et le carlin (7,65 ans). Les plus élevées sont celles du jack russell terrier (12,72 ans) et du yorkshire terrier (12,54 ans). Les auteurs relient la faible espérance de vie de nombreuses races à face courte à leurs prédispositions à l’obstruction des voies respiratoires et aux maladies de la colonne vertébrale.
Le chiffre du bouledogue français est à prendre avec recul, et les auteurs le disent eux-mêmes : les inscriptions de bouledogues français au Kennel Club britannique sont passées de 2 771 en 2011 à 39 266 en 2020. La population étudiée compte donc beaucoup de jeunes chiens, ce qui pèse sur le résultat. L’étude de 2024, qui mesure l’âge médian au décès, situe la race à 9,8 ans.
O’Neill et al. 2013 : dogue de Bordeaux et dogue allemand
Plus ancienne, cette étude a porté sur 102 609 chiens suivis dans 86 cliniques du centre et du sud-est de l’Angleterre, dont 5 095 décès confirmés. La longévité médiane était de 12,0 ans. Les races à la vie la plus courte étaient le dogue de Bordeaux et le dogue allemand. Les causes de décès les plus fréquentes étaient les cancers, les troubles musculo-squelettiques et les troubles neurologiques.
Deux résultats de ce travail restent utiles : la longévité diminue quand le poids du chien augmente, et les chiens croisés vivaient en moyenne 1,2 an de plus que les chiens de race. L’étude de 2024 nuance ce dernier point : 47,1 % des races y ont une médiane supérieure à celle des croisés, contre 25,8 % qui ont une médiane inférieure. Autrement dit, toutes les races ne sont pas logées à la même enseigne, et c’est surtout une partie d’entre elles qui tire la moyenne vers le bas.
Pourquoi certaines races vivent moins longtemps
La taille et le poids
Les auteurs de l’étude de 2024 rappellent que la taille du corps est généralement considérée comme le meilleur prédicteur de la durée de vie chez le chien, et que les grands chiens présentent le plus de maladies. On le retrouve dans le tableau : six des dix races citées sont de grandes races de type molosse. L’affenpinscher, petit chien, rappelle toutefois que la taille n’explique pas tout. Si vous vous intéressez aux races les plus imposantes, notre article sur les races de chiens les plus lourdes présente leurs gabarits.
Les grandes races à poitrine profonde sont aussi exposées à une urgence particulière, la dilatation-torsion de l’estomac. Le Manuel vétérinaire MSD cite parmi les races à risque le dogue allemand, le berger allemand, les setters irlandais et gordon, le braque de Weimar, le saint-bernard, le caniche royal et le basset hound. Même traitée, cette affection reste mortelle pour environ un chien sur cinq selon ce manuel.
La face écrasée (brachycéphalie)
Le bouledogue français, le bouledogue anglais et le carlin ont un crâne raccourci. D’après le Royal Kennel Club et l’université de Cambridge, les tissus mous du nez et de la gorge peuvent être trop abondants pour les voies respiratoires de ces chiens et les obstruer en partie. C’est le syndrome obstructif des voies respiratoires des brachycéphales, appelé BOAS en anglais. Il s’aggrave avec le temps et gêne le chien pour faire de l’exercice, jouer, manger et dormir.
Les auteurs de l’étude de 2024 notent que la popularité de ces races continue d’augmenter dans le monde, malgré des preuves scientifiques de plus en plus nombreuses sur les problèmes de santé et de bien-être liés à cette conformation.
Les maladies héréditaires
Une partie des risques se transmet dans les lignées. Le Manuel MSD indique par exemple qu’avoir un parent proche (parent, frère ou sœur) ayant fait une dilatation-torsion de l’estomac augmente le risque pour un chien. Pour le BOAS, le programme de dépistage britannique a justement été conçu pour aider les éleveurs à réduire le risque de produire des chiots atteints. L’étude de 2024 conclut que ces écarts de longévité entre races ont des conséquences importantes sur l’éthique des pratiques d’élevage.
Ce que vous pouvez faire pour votre chien
Bien choisir l’éleveur
Si vous craquez pour l’une de ces races, l’éleveur compte autant que la race elle-même. Quelques questions concrètes à lui poser :
- Quels tests de santé ont été faits sur les deux parents, et pouvez-vous voir les résultats écrits ?
- À quel âge et de quoi sont morts les grands-parents et les autres chiens de la lignée ?
- Pour un bouledogue français, un bouledogue anglais ou un carlin : les parents ont-ils été évalués pour leur respiration ? Au Royaume-Uni, le Respiratory Function Grading Scheme du Royal Kennel Club et de l’université de Cambridge note la respiration de ces trois races sur une échelle de 0 à 3. Les chiens peuvent être évalués dès 12 mois, puis tous les deux ans.
- Pouvez-vous voir la mère, et l’entendre respirer après un petit effort ?
Un éleveur sérieux répond à ces questions sans difficulté. Si l’un des parents ronfle fort au repos ou s’essouffle après quelques pas, demandez s’il a été évalué.
Garder votre chien à un poids de forme
C’est l’un des leviers les mieux documentés. Dans une étude publiée en 2002 dans le Journal of the American Veterinary Medical Association, 48 labradors ont été suivis par paires depuis l’âge de 8 semaines : dans chaque paire, l’un recevait 25 % de nourriture en moins que l’autre. Les chiens rationnés ont eu une durée de vie médiane significativement plus longue, et l’apparition des signes de maladies chroniques a été en général retardée. Pour faire le point sur la silhouette de votre chien, voyez notre guide sur le chien en surpoids.
Connaître les signes d’urgence propres à la race
Pour un chien de grande race à poitrine profonde, retenez les signes de la dilatation-torsion décrits par le Manuel MSD : efforts pour vomir sans rien rejeter, salive abondante, agitation, ventre qui gonfle. C’est une urgence vitale, il faut partir chez le vétérinaire immédiatement. Le même manuel cite comme facteurs de risque le repas unique par jour et le fait de manger très vite. Il mentionne aussi la gastropexie préventive (fixation chirurgicale de l’estomac), qui peut être réalisée lors de la stérilisation chez les races à risque : c’est une question à poser à votre vétérinaire.
Pour un chien à face écrasée, une respiration bruyante, une fatigue rapide à l’effort ou à la chaleur, et des troubles du sommeil ne sont pas anodins : parlez-en à votre vétérinaire, qui pourra évaluer ses voies respiratoires.
Suivre son chien de près quand il vieillit
Quand l’âge médian de la race approche, des visites plus régulières permettent de repérer plus tôt les maladies qui apparaissent avec l’âge. Les changements de comportement font aussi partie des choses à surveiller : notre article sur le vieillissement cognitif du chien détaille les signes à connaître.
Si vous vivez avec l’une de ces races, ou si vous envisagez d’en adopter une, prenez rendez-vous avec votre vétérinaire pour faire le point sur les risques propres à votre chien : poids idéal, dépistages utiles, conduite à tenir en cas d’urgence. C’est lui qui pourra adapter le suivi à son âge et à son état de santé.
Sources
- McMillan K. M. et al., Longevity of companion dog breeds: those at risk from early death, Scientific Reports, 2024
- Teng K. T. et al., Life tables of annual life expectancy and mortality for companion dogs in the United Kingdom, Scientific Reports, 2022
- O’Neill D. G. et al., Longevity and mortality of owned dogs in England, The Veterinary Journal, 2013
- Effects of 25% diet restriction on life span of dogs and markers of aging, Journal of the American Veterinary Medical Association, 2002
- MSD Veterinary Manual, Gastric dilation and volvulus in small animals
- Royal Kennel Club, Respiratory Function Grading Scheme
- University of Cambridge, Department of Veterinary Medicine, BOAS research
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