Comprendre le langage canin : décrypter les signaux de votre chien

Tableau du langage du chien : les signaux du corps, leur sens et quoi faire

Mis à jour le · 11 min de lecture
Tableau du langage du chien

Un chien parle avec tout son corps : posture, oreilles, queue, regard, bouche et petits gestes d’apaisement. Le tableau du langage du chien ci-dessous rassemble les signaux décrits par la RSPCA, la PDSA et l’ASPCA, avec leur signification la plus probable et ce qu’il faut faire quand vous les voyez. Une règle passe avant toutes les autres : un signal isolé ne veut rien dire, c’est l’ensemble du corps et la situation qui comptent. Une queue qui remue, par exemple, n’indique pas toujours un chien content : tout dépend de sa hauteur, de sa raideur et de ce que fait le reste du corps.

Comment lire un tableau du langage du chien

Avant de chercher un signal dans le tableau, gardez trois réflexes.

  • Regardez le chien en entier. Les guides de la RSPCA et de la PDSA décrivent toujours des combinaisons : un chien inquiet a à la fois les oreilles en arrière, la tête basse, la queue rentrée et il évite le regard. Un seul de ces signes ne suffit pas à conclure.
  • Tenez compte du contexte. Un chien qui halète après une course n’est pas stressé. Le même halètement, bouche crispée, dans la salle d’attente du vétérinaire, a un autre sens selon l’ASPCA.
  • Comparez avec votre chien au repos. La forme des oreilles et le port de queue varient beaucoup selon les races : les oreilles tombantes d’un cocker ou la queue enroulée d’un spitz ne bougent pas comme celles d’un berger. Ce qui compte, c’est le changement par rapport à sa position habituelle.

Tableau du langage du chien : les signaux, leur sens et quoi faire

Les significations indiquées sont les plus fréquentes d’après les sources citées en fin d’article. Elles restent à confirmer par le reste du corps et par la situation.

Zone Signal observé Ce que ça indique le plus souvent Que faire
Posture Corps souple, poids réparti sur les quatre pattes, poil lisse Chien détendu, à l’aise (RSPCA) Rien à corriger. Laissez-le venir au contact s’il le souhaite.
Posture Avant du corps baissé, arrière-train relevé (révérence de jeu) Invitation au jeu (PDSA, ASPCA) Jouez, ou laissez jouer en vérifiant que les deux chiens participent.
Posture Se penche contre vous, se tortille Recherche de contact, chien content (PDSA) Répondez au contact, il le demande.
Posture Corps bas, tête basse, chien qui se recroqueville ou se penche en arrière Inquiétude ou peur (RSPCA, PDSA, ASPCA) Ne l’approchez pas davantage. Donnez de la distance et laissez-lui une issue.
Posture Corps raide, poids vers l’avant, tête portée au-dessus des épaules Menace, avertissement (RSPCA, ASPCA) Arrêtez l’interaction et éloignez-vous calmement, sans le fixer.
Posture Immobilité soudaine, le chien se fige Peur intense ou avertissement juste avant une réaction (ASPCA, échelle de Kendal Shepherd) Cessez immédiatement ce que vous faites (caresse, manipulation, approche).
Posture Couché sur le dos, ventre exposé, dans une situation tendue Tentative d’apaisement d’un chien très inquiet (PDSA) Ne le caressez pas de force. Reculez et baissez la pression.
Posture Poils hérissés sur les épaules, le dos ou au-dessus de la queue Forte excitation ou contrariété, pas forcément de l’agressivité (ASPCA) Regardez le reste du corps. Évitez de le mettre au contact d’un autre chien à ce moment-là.
Oreilles Position naturelle pour sa race, légèrement en arrière ou sur les côtés Détente (RSPCA, ASPCA) Rien à faire.
Oreilles Dressées et tournées vers l’avant Attention, intérêt, éveil (ASPCA) Repérez ce qu’il fixe avant qu’il ne réagisse (chien, chat, vélo).
Oreilles Plaquées en arrière contre la tête Inquiétude ou peur (RSPCA, PDSA) Réduisez ce qui le met mal à l’aise : distance, bruit, manipulation.
Queue Portée haute, remuement large, corps souple Contentement (PDSA) Rien à corriger.
Queue À hauteur de la colonne, battement souple ou en cercle Chien détendu (ASPCA) Rien à corriger.
Queue Haute et raide, qui vibre plus qu’elle ne remue Forte excitation ou menace (PDSA, RSPCA) Ne tendez pas la main. Laissez de l’espace.
Queue Basse, battement lent Peur ou insécurité (PDSA) Parlez doucement, n’imposez pas le contact.
Queue Rentrée entre les pattes arrière Peur (RSPCA, ASPCA). Chez un chien acculé, elle peut accompagner une agressivité défensive (RSPCA). Sortez-le de la situation ou éloignez ce qui l’effraie.
Regard Yeux doux, en amande, sans blanc visible Détente (ASPCA) Rien à faire.
Regard Détourne les yeux ou la tête Malaise, ou signal d’apaisement pour calmer l’échange (RSPCA, PDSA, Turid Rugaas) Ne cherchez pas à capter son regard. Respectez sa demande de distance.
Regard Blanc de l’œil bien visible (« œil de baleine ») Tension, stress ou peur (ASPCA) Stoppez ce qui se passe, surtout s’il garde un objet ou est manipulé.
Regard Regard fixe et dur, pupilles dilatées Avertissement, agressivité possible (RSPCA, PDSA, ASPCA) Détournez le regard et écartez-vous lentement. Ne courez pas.
Bouche Ouverte et détendue, parfois avec un léger halètement Chien à l’aise (RSPCA, ASPCA) Rien à faire.
Bouche Fermée et crispée, commissures tirées vers l’arrière Peur, tension, stress qui monte (ASPCA) Allégez la situation avant que d’autres signaux n’apparaissent.
Bouche Truffe plissée, babines retroussées vers le haut, dents de devant visibles, grognement Menace claire (ASPCA, RSPCA) Arrêtez tout et reculez. Ne punissez pas le grognement.
Bouche Dents de devant visibles avec tête basse, oreilles aplaties, queue qui remue, corps souple « Sourire » de soumission, geste d’apaisement et non de menace (ASPCA) Ne le grondez pas. Restez calme et encourageant.
Bouche Halètement rapide sans effort ni chaleur, bave abondante Stress, voire peur intense (ASPCA) Éloignez la source de stress. Si cela survient sans raison apparente, parlez-en à votre vétérinaire.
Apaisement Bâillement, coup de langue sur la truffe ou les babines, hors fatigue et hors repas Premier signe de malaise (RSPCA, PDSA, ASPCA, Turid Rugaas) Faites une pause dans l’activité ou la caresse.
Apaisement Patte avant levée Inquiétude, incertitude (RSPCA, Turid Rugaas) Laissez-lui le temps, sans insister.
Apaisement Renifle le sol, se détourne, s’assoit, se gratte ou s’ébroue au milieu d’une interaction Tentative de désamorcer une situation (Turid Rugaas, ASPCA, PDSA) Interprétez-le comme un « on se calme » : baissez le ton, ralentissez.
Apaisement Approche en arc de cercle, mouvements lents Approche polie entre chiens (Turid Rugaas) Laissez faire : c’est une rencontre bien menée.
Autre Traces de pattes humides sur le sol Chien très perturbé : les chiens transpirent par les coussinets (ASPCA) Cherchez la cause du stress et réduisez-la.

La queue : ce que disent les études sur le remuement

La queue est le signal le plus mal compris. Un remuement indique surtout que le chien est émotionnellement activé, pas qu’il est heureux. La PDSA décrit ainsi une queue haute et raide qui « vibre plus qu’elle ne remue » chez un chien agressif, et une queue basse au battement lent chez un chien qui a peur.

Deux études italiennes publiées dans la revue Current Biology sont souvent citées sur le sujet.

  • 2007, Quaranta, Siniscalchi et Vallortigara. L’équipe a filmé 30 chiens de compagnie face à quatre situations : leur maître, une personne inconnue, un chat et un grand chien inconnu (un berger belge malinois). D’après le compte rendu publié par Nature, la queue penchait plutôt vers la droite du chien devant le maître, et plutôt vers la gauche devant le chien inconnu et intimidant. Les chercheurs y voient le reflet de la spécialisation des deux hémisphères du cerveau.
  • 2013, Siniscalchi, Lusito, Vallortigara et Quaranta. Des chiens ont regardé des vidéos de congénères qui remuaient la queue plutôt à gauche ou plutôt à droite. Face aux remuements à gauche, ils avaient un rythme cardiaque plus élevé et des comportements plus anxieux.

En pratique, ce biais gauche droite reste difficile à voir à l’œil nu : dans l’étude de 2007, il a fallu analyser les vidéos pour le mesurer. Pour votre chien, fiez-vous plutôt à la hauteur de la queue, à sa raideur, à l’amplitude du mouvement et au reste du corps, comme dans le tableau.

Les signaux d’apaisement selon Turid Rugaas

La notion de « signaux d’apaisement » (calming signals) vient de Turid Rugaas, éducatrice canine norvégienne, dans son livre On Talking Terms With Dogs: Calming Signals. Elle y décrit une trentaine de comportements que les chiens utilisent pour calmer une interaction qui les met mal à l’aise ou pour éviter un conflit. Parmi les plus connus :

  • détourner le regard ou la tête ;
  • tourner le dos ou le flanc ;
  • bâiller ;
  • se lécher la truffe ;
  • renifler le sol ;
  • se figer, s’asseoir ou se coucher ;
  • lever une patte ;
  • ralentir ses mouvements, approcher en courbe ;
  • s’ébrouer comme en sortant de l’eau.

Ce travail vient d’abord de l’observation d’une praticienne. Une étude pilote de l’université de Pise (Mariti et al., Journal of Veterinary Behavior, 2017) l’a mis à l’épreuve sur 24 chiens et 2 130 signaux observés lors de rencontres entre chiens. Les signaux les plus fréquents étaient le mouvement de tête pour détourner le regard, le coup de langue sur la truffe, l’immobilité et le fait de se détourner. Quand le chien en face montrait de l’agressivité, l’autre répondait par un signal d’apaisement dans 67 % des cas, et la tension retombait ensuite dans 79,4 % des cas. Il s’agit d’un petit échantillon et d’interactions entre chiens : ces résultats vont dans le sens de Turid Rugaas, sans tout démontrer.

Pour vous, la conséquence pratique est simple : un chien qui bâille, se lèche la truffe ou détourne la tête pendant qu’on le manipule ou qu’un enfant le serre dans ses bras vous dit qu’il n’est pas à l’aise. C’est le bon moment pour arrêter, bien avant le grognement.

L’échelle de l’agressivité : repérer l’escalade

La PDSA reprend l’« échelle de communication canine » de la comportementaliste britannique Kendal Shepherd. Elle classe les signaux du plus discret au plus grave. Un chien gêné monte les barreaux un à un si on ne l’écoute pas :

  1. bâillement, clignement des yeux, coup de langue sur la truffe ;
  2. regard détourné ;
  3. corps qui se détourne, chien qui s’assoit ou donne la patte ;
  4. chien qui s’en va ;
  5. déplacement en rampant, oreilles en arrière ;
  6. chien accroupi, queue rentrée ;
  7. chien couché sur le dos, ventre exposé ;
  8. raidissement, regard fixe ;
  9. grognement ;
  10. claquement de mâchoires dans le vide ;
  11. morsure.

Deux conseils de la PDSA en découlent. D’abord, laissez toujours une issue à votre chien : lui bloquer la fuite le fait monter dans l’échelle. Ensuite, ne punissez jamais un grognement. Un chien puni pour avoir grogné peut apprendre à supprimer cet avertissement et passer plus vite à la morsure. L’ASPCA décrit une séquence comparable et rappelle que les chiens ne la suivent pas toujours dans l’ordre : plusieurs signaux peuvent apparaître en même temps.

Quatre situations courantes décodées

Il remue la queue, donc il est content ?

Pas forcément. Une queue haute, raide et qui vibre accompagne aussi la menace (PDSA). Dans l’étude de 2007, les chiens remuaient aussi la queue devant un chien inconnu qui les intimidait. Regardez le corps : souple et ondulant, c’est bon signe. Raide et figé, laissez de l’espace.

Il montre les dents : agressif ou soumis ?

L’ASPCA distingue deux expressions. La menace : truffe plissée, babines relevées verticalement, corps tendu, regard fixe. Le « sourire » de soumission : dents de devant visibles, mais tête basse, oreilles aplaties, corps souple et queue qui remue. Le premier demande de reculer, le second n’appelle aucune réprimande.

Il se met sur le dos quand on le gronde

Dans l’échelle de Kendal Shepherd, le chien couché ventre à l’air dans une situation tendue cherche à faire la paix parce qu’il est très inquiet. Ce n’est pas une invitation à le caresser. Baissez le ton et laissez-le se relever.

Il bâille pendant les câlins

Un bâillement isolé le soir peut être de la fatigue. Des bâillements répétés avec une bouche crispée pendant qu’on le serre ou qu’on le manipule sont un signe précoce de stress selon l’ASPCA. Arrêtez quelques secondes et observez : s’il revient vers vous, il en veut encore. S’il s’éloigne ou se secoue, il avait besoin d’une pause.

Aboiements, gémissements, grognements : les signaux vocaux

Le langage du chien passe aussi par la voix, toujours à lire avec le corps.

  • Aboiements. L’ASPCA en distingue plusieurs types : territorial, d’alerte, pour attirer l’attention, de salutation (avec queue qui remue et signes amicaux), compulsif, par contagion quand d’autres chiens aboient, de frustration, et lié à l’anxiété de séparation. Chaque type se gère différemment. Notre article sur l’aboiement de chien en colère détaille comment reconnaître un aboiement menaçant.
  • Gémissements. Selon l’ASPCA, un chien gémit pour apaiser (souvent avec une posture basse), pour obtenir quelque chose, ou sous l’effet du stress. Si les gémissements et les aboiements n’apparaissent qu’en votre absence, lisez notre page sur l’anxiété de séparation.
  • Grognements. C’est un avertissement, haut placé dans l’échelle de Kendal Shepherd. Arrêtez ce qui le provoque et cherchez pourquoi, sans punir.

Quand demander de l’aide

Certains signaux méritent un avis extérieur : peur qui revient tous les jours, regard dur ou grognements de plus en plus fréquents, chien qui tremble ou se fige sans raison apparente. Un changement de comportement peut aussi venir d’une douleur ou d’un problème de santé, et les tremblements ont d’autres causes que la peur (notre article sur les tremblements du chien fait le point). La RSPCA conseille de consulter d’abord votre vétérinaire, qui pourra ensuite vous orienter vers un comportementaliste.

L’ASPCA met en garde contre les méthodes fondées sur la peur, comme renverser le chien sur le dos ou le secouer par la peau du cou : elles risquent d’aggraver le comportement et de vous exposer à une morsure. Elle recommande un travail fondé sur le renforcement positif et la confiance.

Pour progresser, commencez par observer votre chien quand tout va bien : sa posture au repos, la hauteur habituelle de sa queue, la position de ses oreilles. Une fois cette base connue, chaque écart du tableau devient beaucoup plus facile à repérer. Pour aller plus loin sur la lecture de la posture, voyez notre guide sur la posture et le langage corporel du chien.

Sources

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Fabien Bousquin
L'auteurFabien Bousquin

Amoureux des chiens depuis ma tendre enfance, une passion transmise par mon grand-père. Je vis dans un petit village de Corrèze où mes chiens profitent de la nature, et je partage sur Au Bon Toutou mes conseils sur la santé, la nutrition, l'éducation et les…

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