Elever son chien

Chien et détecteur de métaux : ce que le chien peut flairer, la loi et la sécurité en balade

Mis à jour le · 8 min de lecture
chien et détecteurs de métaux

Un chien ne détecte pas le métal : son flair repère des odeurs, pas des matériaux. Il ne remplace donc pas un détecteur de métaux, et l’idée d’un chien qui « trouve les trésors » à votre place relève du mythe. Le seul domaine où le chien et le détecteur travaillent vraiment ensemble, c’est le déminage, parce que le chien y sent l’explosif et non la ferraille. Si vous pratiquez la détection de loisir, votre chien peut vous accompagner, à condition de respecter la loi sur les détecteurs (Code du patrimoine), les règles de promenade en forêt et quelques précautions contre les vrais risques du terrain : plomb, ferraille coupante, trous et vieilles munitions.

Un chien peut-il trouver du métal ?

Pas en tant que tel. Les chiens de détection sont dressés à reconnaître des odeurs précises : explosifs, stupéfiants, billets de banque, téléphones introduits en prison, restes humains, truffes, punaises de lit ou crottes d’espèces protégées. Dans toutes ces spécialités, le chien réagit à une signature chimique. Un morceau de fer, une pièce de bronze ou une bague en or enfouis depuis longtemps n’offrent pas une odeur sur laquelle on entraîne un chien de recherche.

Ce que les sports canins de flair mettent en avant va dans le même sens. Dans l’AKC Scent Work, une discipline américaine ouverte à tous les chiens à partir de 6 mois, les chiens cherchent des cotons imbibés d’huiles essentielles de bouleau, d’anis, de clou de girofle et de cyprès. On choisit une odeur, on apprend au chien à la signaler, puis on la cache. Rien de tout cela ne s’applique à un objet métallique perdu dans un champ.

Concrètement, si vous espérez que votre chien vous indique où passer la poêle, vous serez déçu. Si vous voulez faire travailler son nez, un jeu de recherche d’odeur dans le jardin lui apportera bien plus qu’une sortie de détection où il attend que vous creusiez.

Le vrai duo chien et détecteur : le déminage

L’association entre chiens et détecteurs de métaux existe bel et bien, mais dans le déminage humanitaire. Chacun compense la faiblesse de l’autre :

  • Le détecteur sonne sur tout ce qui est métallique. Selon les données compilées sur le déminage, on trouve entre 100 et 1 000 objets métalliques sans danger pour une vraie mine. Au Cambodge, le centre national de déminage a calculé que 99,6 % du temps de travail (23 millions d’heures) avait servi à déterrer de la ferraille.
  • Certaines mines contiennent très peu de métal, parfois 1 gramme seulement, ce qui les rend difficiles à repérer au détecteur.
  • Le chien, lui, sent l’explosif : TNT, mais aussi le fil de nylon des pièges à fil tendu. Les chiens sont utilisés pour cibler les zones à fouiller et pour confirmer qu’une zone a été dépolluée. En 2016, ils restaient plus performants que les meilleures solutions technologiques, pour un coût de formation d’environ 10 000 dollars par chien.

C’est probablement de là que vient l’image du « duo chien et détecteur ». Mais ce sont des chiens hautement spécialisés, entraînés par des organismes de déminage, qui cherchent une odeur d’explosif. Rien à voir avec la recherche de pièces anciennes le dimanche.

Détecteur de métaux en France : ce que dit la loi

Avant de partir avec votre chien et votre détecteur, mieux vaut connaître le cadre, car il est plus strict que ce que beaucoup imaginent.

La recherche archéologique demande une autorisation

L’article L542-1 du Code du patrimoine pose la règle : « Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative ». Cette autorisation est délivrée en fonction de la qualification du demandeur et de la nature de la recherche, par le service régional de l’archéologie (ministère de la Culture), avec validation par la préfecture. Le ministère de la Culture le rappelle : l’utilisation de détecteurs de métaux est soumise à autorisation et la découverte de vestiges doit être déclarée.

Point souvent ignoré : un objet archéologique trouvé au détecteur ne peut pas être présenté comme une « découverte fortuite », puisque l’usage même de l’appareil montre que l’on cherchait. Les atteintes au patrimoine archéologique sont des infractions pénales, et depuis la loi du 15 juillet 2008 les peines encourues peuvent aller jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende pour les faits les plus graves (destruction de site, vol de biens archéologiques).

Hors archéologie, l’accord du propriétaire

La vente et l’achat de détecteurs sont libres en France. Pour une recherche sans but archéologique, comme retrouver une alliance perdue dans son jardin ou des clés dans un pré, c’est l’autorisation du propriétaire du terrain qui compte. Un champ, un bois ou une prairie appartiennent toujours à quelqu’un : demandez avant d’entrer, et précisez que vous venez avec un chien.

En forêt, les règles du gestionnaire

Dans les forêts publiques, renseignez-vous auprès de l’ONF ou de la mairie avant toute prospection. Les règles sur les chiens, elles, s’appliquent partout et sont détaillées plus bas.

Emmener son chien en détection : les règles de balade

Une sortie de détection, c’est une attention tournée vers le sol, souvent un casque sur les oreilles, et des arrêts fréquents pour creuser. Le chien, lui, s’ennuie vite et s’éloigne. C’est là que les règles de promenade deviennent concrètes :

  • Toute l’année, en forêt comme ailleurs, votre chien doit rester sous votre surveillance et ne pas s’éloigner à plus de 100 mètres, rappelle l’ONF.
  • Du 15 avril au 30 juin, un arrêté ministériel impose de tenir les chiens en laisse en dehors des allées forestières. Or la détection se fait rarement sur les allées.
  • Le maire peut prendre des règles plus strictes, et les réserves naturelles ont leurs propres interdictions.
  • En période de chasse, les champs et les bois sont partagés. Gilet fluo pour vous et pour le chien, et vérifiez les jours de battue. Nous détaillons les précautions dans notre article sur la promenade du chien pendant la saison de chasse.

Avec un casque et le regard fixé sur l’écran du détecteur, on perd vite son chien de vue. Une longe de 5 à 10 mètres attachée à un harnais garde une marge de liberté sans risque de fugue. Pour un chien qui part facilement sur une piste, un traceur peut aider : voir notre sélection de traceurs GPS pour chien sans abonnement.

Les dangers pour le chien sur un terrain de détection

Ce que le détecteur fait sortir de terre n’est pas anodin pour un chien curieux qui renifle chaque trou.

Le plomb

Le manuel vétérinaire MSD cite parmi les sources d’intoxication au plomb les plombs de chasse, les plombs de pêche et les poids de lestage, des objets que l’on déterre couramment en détection. Le plomb avalé est ionisé dans l’environnement acide de l’estomac, ce qui augmente son absorption, et un objet en plomb resté dans le tube digestif continue de libérer du plomb : il doit être retiré. Les signes d’une intoxication aiguë décrits par le MSD sont la perte d’appétit, des changements de comportement, une démarche chancelante, des tremblements et des convulsions. En cas d’intoxication chronique : vomissements, diarrhée, douleurs abdominales, abattement, amaigrissement, anémie.

Gardez donc vos trouvailles hors de portée (sac fermé, poche zippée) et ne laissez jamais traîner la ferraille ou les plombs au bord du trou.

Les objets métalliques avalés ou coupants

Capsules, éclats de tôle, clous, hameçons, fragments de boîtes de conserve : un chien qui les mâchouille peut se blesser la bouche ou les avaler. D’après le MSD, une obstruction digestive provoque en général abattement, perte d’appétit et vomissements, parfois des vomissements incessants qui mettent la vie du chien en danger. Le plus souvent, une chirurgie est nécessaire, et les chiens pris en charge rapidement s’en sortent généralement bien. Si vous avez vu votre chien avaler un objet, appelez votre vétérinaire sans attendre les symptômes.

Les vieilles munitions

Dans beaucoup de régions françaises, les détecteurs font remonter des obus, grenades et cartouches des deux guerres mondiales. Ne touchez pas, ne déplacez pas, éloignez votre chien, repérez l’endroit et prévenez la gendarmerie ou la police (17 ou 112), qui fait intervenir les démineurs. Un chien qui gratte ou mordille un engin oxydé court le même risque que vous.

Les trous et le bord de l’eau

Un trou mal rebouché est un piège pour une patte au galop, comme pour le bétail du propriétaire. Rebouchez chaque trou derrière vous : c’est aussi la condition pour être réinvité sur un terrain. Si vous prospectez au bord d’une rivière ou d’un lac en été, surveillez la couleur de l’eau avant de laisser votre chien boire ou se baigner : les cyanobactéries peuvent être mortelles pour lui.

Organiser une sortie de détection avec son chien

  1. Avant de partir : accord écrit ou oral du propriétaire, vérification des règles locales (forêt publique, arrêté municipal, période du 15 avril au 30 juin, jours de chasse).
  2. Matériel pour le chien : harnais et longe, eau et gamelle, gilet fluo en saison de chasse, sac fermé pour les trouvailles.
  3. Sur place : attachez ou faites coucher le chien à quelques mètres pendant que vous creusez, pour qu’il ne mette pas le nez ni les dents dans la terre retournée.
  4. En partant : trous rebouchés, ferraille emportée, et coup d’oeil sur la gueule et les coussinets du chien.
  5. En cas de doute : si votre chien a mâché ou avalé un morceau de métal, du plomb surtout, ou s’il vomit, semble abattu ou tremble après la sortie, appelez votre vétérinaire en précisant ce qu’il a pu ingérer.

Si votre chien supporte mal ces longues pauses où il ne se passe rien pour lui, mieux vaut le laisser à la maison et lui offrir une vraie balade un autre jour.

Sources

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Fabien Bousquin
L'auteurFabien Bousquin

Amoureux des chiens depuis ma tendre enfance, une passion transmise par mon grand-père. Je vis dans un petit village de Corrèze où mes chiens profitent de la nature, et je partage sur Au Bon Toutou mes conseils sur la santé, la nutrition, l'éducation et les…

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